vendredi 4 avril 2008
La fille et l'oiseau mort
Il y avait cette fille.
Elle serrait fort contre elle son manteau.
Elle le tenait farouchement comme si on s'apprêtait à lui arracher.
Et à côté d'elle, femmes et hommes se perdaient dans les affres du quotidien.
Page de papier, bruit de FM ou pensées parasites tout était bon pour se déconnecter.
Il y avait cette fille.
Entre sa peau et son manteau, se tenait l'oiseau.
Elle le cachait farouchement comme si on menaçait de lui prendre.
Personne ne prend le RER avec un oiseau caché sur son sein.
Plume de papier, bruit d'ailes ou mort s'échappant par le bec de l'oiseau qui se déconnecte.
Il y avait cette fille.
Elle tenait entre son manteau et elle, un bébé pigeon.
Elle savait qu'il était mort et qu'elle ne pouvait plus rien pour le sauver.
Et à côté d'elle, femmes et hommes, perdus dans les affres du quotidien ignorait tout de ce drame.
Carcasse d'illusion, bruit du vide ou compagnie morbide pour une fille qui de la réalité se déconnecte.
Et Lily se demandait en serrant cet oiseau contre son corps, seule au milieu de la foule anonyme qui du volatile ou du bipède avait laissé échappé dans la ville un dernier battement de vie.
mercredi 2 avril 2008
Laurent
Je me souviens combien je pouvais fantasmer sur lui.
Ça me vient probablement de là, cet attrait pour les mecs plus jeunes qui se donnent des allures de séducteur.
Ce sourire amusé sur mes lèvres et cette stupide assurance qu’un enfant n’est pas dangereux.
Je voulais l’embrasser pour ses quinze ans. J’avais jamais que deux ou trois ans de plus. C’était énorme à l’époque.
Mais je trouvais que c’était un chouette cadeau. Parce qu’il aurait bien compris que ce n’était pas celui qui débute, ni qui finit. C’était le baiser à part. Celui qu’on ne donne qu’une fois.
Ça ne s’est pas fait. Probable qu’à l’époque j’avais déjà trop d’imagination et pas beaucoup de cran.
Je le laissais me troubler, de ses doigts qui écartaient les cheveux de mon visage, de sa main posée sur ma jambe quand on se moquait des autres avec notre verve habituelle, de ses regards d’enfant aux envies caressantes. Je rougissais, je bafouillais mais toujours restait inaccessible.
Ce n’était pas de l’amour. C’était différent. C’était inassouvi.
Aujourd’hui encore, Laurent me manque.
mercredi 26 mars 2008
Slow
La femme est une pensée, la plus forte de la nature, mais c'est une pensée dansante.
Jacques Prévert
Fatras
Le quart d’heure américain était le moment que je préférais.
Pourtant la majorité des filles le redoutaient. Inviter un garçon était une tâche ardue.
Pas pour moi. Je trouvais ça nettement plus difficile de rester assise et regarder les autres se perdre dans de chastes étreintes plutôt que d’acculer un jouvenceau pour qu’il nous prenne dans ses bras.
Tu te moqueras encore, petite Renard, j’en suis certaine.
Je ne crois pas pourtant que c’était là croquer les cœurs car ce n’était jamais qu’une danse.
Mais j’aimais pouvoir choisir. J’aimais ne pas subir. Ne pas avoir à dire non.
mardi 25 mars 2008
Cigarette
Les cigarettes ont au moins le charme de vous laisser inassouvi.
Oscar Wilde
Intentions
Elle voulait fumer sa première cigarette avec moi.
Parce qu’elle ne voulait pas s’étouffer devant les autres.
Ceux qui savaient.
J’en avais volé deux. Et un briquet.
On s’est assise sur les marches de l’Opéra Garnier.
On a allumé les tubes de nicotine.
Je sais bien qu’elle en allumer des milliers par la suite.
Je sais bien que lorsque la fumée la délivre du manque, ce n’est pas à cela qu’elle pense.
Mais moi je sais que je fus sa première clope.
Tout comme ma dernière fut, assise sur un banc tout près de mon ange à exhaler des nuages au goût de caramel.
samedi 22 mars 2008
Complexe
C'est drôle comme les hommes ne pensent pas à être complexés. Ca doit être bien, d'être comme ça. Ne penser qu'à son regard qui se pose et pas penser à la réciproque.
Virginie Despentes
Les Jolies Choses
Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Même si, ceux que j’ai connu ne s’attardaient pas autant que nous sur des choses qu’ils se savaient incapable de changer.
Une acceptation plus grande, peut être.
Je me souviens, c’était il y a presque 4 ans. Il se moquait gentiment d’un petit défaut physique à la surface de ma peau qui n’était que blessure profonde sous l’épiderme.
Ces endroits où les gens frappent souvent et qui avec le temps dévoilent que l’impact a générer des failles disproportionnées.
Et les mots n’ont pas ricoché ce jour là comme ils le faisaient traditionnellement sur la surface.
Non tel un galet trop lourd, il a sombré et fait exploser le complexe comme une plaque de glace sur un lac gelé.
L’homme s’est retrouvé dépourvu devant les larmes, les éclats de voix qui se condamnaient bien plus durement que ne le faisait sa taquinerie.
Bien sûr, il ne s’est plus jamais moqué. De ça.
De toutes manières on a solutionné le détail au fil des années. Car parfois le corps peut se modeler comme de la pâte. Parfois. Il sait aussi résister.
Il est l’incubateur de tous les complexes.
Moi je n’arrive toujours pas à me résigner. 25 ans que j’espère me réveiller un matin avec un autre visage que celui-là. Et peu importe dans le fond, ce que les autres diront en bien ou en mal.
Il n’y a que mon regard qui sait ce qu’il veut voir.
Et ce n'est pas ça.
dimanche 16 mars 2008
Le temps des douleurs
«Vous dites des choses, vous avez mal et vous pensez que vous pouvez en mourir, et quelques années plus tard ce n'est plus qu'un souvenir.»
Jean-Marie Gustave le Clézio
Coeur brûle et autres romances
Dans le fond ce n’est déjà pas si mal si on s’en souvient.
Il y a des douleurs que j’ai retrouvées au cœur d’un journal. Les mots, les souvenirs étaient devenus chaire et restaient illisible.
Je suppose qu’en cela le travail d’un analyste est pareil à celui d’un archéologue. Etudier chaque strate, remettre les morceaux de céramiques brisés les uns à côté des autres pour reconstituer la décadence passée.
La dernière fois, je regardais cette photo de classe qui est remontée à la surface.
J’étudiais autant que possible mon visage, à la recherche de détails aujourd’hui hors de ma portée.
Quinze ans. Dix ans plus tard mes cheveux retombent de la même manière, ma peau est toujours lunaire et je respire de la même manière.
Pourtant je ne suis plus esclave de ce qui me fait du mal.
samedi 15 mars 2008
George Dandin
Le théâtre, c'est mettre des solitudes en commun.
Daniel Mesguich
Cité dans le Petit dictionnaire du théâtre
Il y a presque 8 ans j’étais lycéenne.
Je portais des jupes et des bottes en ce temps là.
Et surtout, je faisais du théâtre.
J’aimais travailler une scène. Retourner le texte, le palper, le tordre pour en faire couler lieux et mise en scène.
Mais je détestais jouer devant les autres. Je ne pouvais pas m’exposer ainsi.
Fragile. Maladroite.
Puis contrairement aux autres je n’étais pas la fille de.
Je faisais de théâtre pour l’expérience.
Mais je crois que ça me faisait du bien.
Le meilleur souvenir que je garde fut un Molière.
Une scène entre le seul homme de la classe et moi.
Une scène d’époux trompé et d’épouse en mauvaise posture. Puis qui s’inverse.
Le seul homme m’avait choisi car j’étais la seule femme à ne pas l’avoir sollicité pour une scène.
Les hommes sont ainsi parfois et je le savais. Et j’ai eu exactement ce que je voulais.
Pas travailler avec le seul homme comme en rêvait les filles qui ne voulaient plus se travestir.
Mais aller au cœur du texte avec Lui. J’étais prête, cette année là.
J’aimais son implication, son arrogance et son élitisme. J’aimais qu’il ne soit pas aimé. J’aimais sa complexité.
Il y a eu une répétition où on a franchi le seuil. Où je suis vraiment devenue celle que je jouais.
Ce n’est arrivé qu’une fois dans ma vie de comédienne.
Et je garde cette intensité comme une flamme précieuse. Savoir qu’on peut le faire.
Mais je n’aurai pas pu, si je n’avais pas eu ses yeux pour m’y raccrocher.
Je crois qu’un jour j’irai lui dire merci.
mardi 4 mars 2008
En haut du toboggan

Kiriko Nananan
Ces lieux incongrus.
Moi je suis montée en haut du toboggan, cachée dans la petite maison pour recevoir mon premier baiser.
Il y a plus d'un siècle. Je crois.
Et je me souviens que ça tournait. Dans ma tête, dans ma bouche, dans mon ventre.
Sensation d'intrusion violente dans mon univers saccagé.
lundi 3 mars 2008
Psychosomatique
"Car jeune, elle a été souvent malade : brusques langueurs, migraines, maux d'estomac, fatigues extrêmes. Mais ce furent presque toujours de ces maladies psychosomatiques, où le moteur cède pour s'être emballé exagérément. Les déceptions amoureuses, aussi bien métaphysique, voire politiques, abattent cette âme et ce corps passionné, qui ne se ménagent point."
Claude Chonez
George Sand
Se souvenir de ces malaises. Ces douleurs inexpliquées. Et le mot qui tombe : psychosomatique.
La culpabilité qui en découle lorsqu'on vous explique que c'est dans la tête que ça se passe. Pourtant c'est là.
Puis avec le temps apprendre que l'esprit a ce pouvoir. Le dominer. Mieux le maitriser pour mieux s'en servir.
mardi 26 février 2008
Julie Jumper
Cette nuit j’ai rêvé de toi.
C’était un rêve vraiment agréable, un comme j’en avais besoin. Doux, apaisant.
Il n’y a rien à en raconter. Tu étais juste près de moi. On ne parlait pas beaucoup. Il y avait plutôt de ces sourires qu’on s’envoie par e-mail.
Assis l’un près de l’autre. Il y avait cette douce sensualité, jamais agressive qui flottait entre toi et moi. Tu me disais avec un sourire que j’étais bien plus jolie que je ne voulais bien le croire.
Et pour une fois dans ma vie, J’y ai cru.