Incarnée

Textes courts, pensées, morceaux d'une âme qui tente de s'arrimer à cette existence.

jeudi 10 avril 2008

Inside


Tu dois savoir ce que c'est : le rejet.
Tu as dû le vivre toi aussi et pourtant comme moi ce soir, tu crois être le seul à l'éprouver.
Tu ne sais pas que l'amour que tu réclames à corps et à cri tu ne l'as que d'une manière en le donnant.

C'est en donnant qu'on reçoit. Plus tu as besoin et plus tu dois donner. C'est une manière de ne pas mourrir engloutie par le vide qui fait pression dans ton cœur. Et souvent ça fait du bien aux autres.

Mais parfois, il y a les minutes assassines.
Ce défilé de secondes contre lequel l'amour ne peut rien parce que l'autre a décidé qu'il ne te laisserait pas approcher. Parce que l'autre a décidé pour tout un tas de raisons que tu ne connaitras jamais que ce n'était pas ta place.

Là tout près de son coeur, de sa main, de son esprit.

C'est pas grave tu sais, il y a tellement d'espace dans l'ombre des gens qu'on aime.
On y attends un peu comme dans la salle d'attente du dentiste.
Bien sûr, on angoisse, on souffre de ces minutes qui tournent sur le mur. Mais on sait qu'on est pas si loin que ça de l'autre.
Et ça suffit.
Même si en fait, c'est vraiment un argument à la con parce que personne n'a envie de voir son dentiste.

Le rejet pour moi, il a commencé dans la douleur de ma mère. Elle avait le chagrin solitaire et moi...Moi je n'ai jamais supporté de la laisser pleurer seule. Elle n'était pas la seule dans la famille.
Le rejet ensuite est venu des amies. De celles qui me trouvaient trop égoïste, pas assez concernée par leurs histoires de cœurs. parce que déjà à 14 ans, je relativisais pas mal ce genre de petit tracas. Goût de mort et de folie dans la bouche.
Le rejet a suivi des hommes bien sûr. L'amour qui accroche, qui lèche la peau et qui repousse avec violence, sans explication jusqu'à ce qu'on comprenne à quel point l'amour dans le fond c'est versatile.

Avec le  temps ce ne sont plus les gens qui blessent, ce sont uniquement les actes. Une main qui  se retire, un sourire qui ne vient pas, des lettres qui restent sans réponse, des  choses qui on attend plus mais qu'on espère tout de même.
Avec le temps tout ce qui passent, ne lassent pas mais fracassent, tabassent, amassent, mêlassent un peu plus l'âme.
On abandonne plus, on fait face et on encaisse en silence. On sait bien qu'au dedans c'est pas si solide que ça et que les séquelles gravent l'âme mais...On sait qu'on doit continuer d'avancer, d'aimer.
On prends le risque, parce que c'est ça la vie.

C'est éreintant, ça fait mal, ça vous demande plus que ça ne vous donne et c'est tout le temps.

Mais ça rends d'autant plus précieux la main qui reste dans la mienne, la lettre que je n'attendais pas, le mot d'amour ou les étoiles dans les yeux. Alors tout ce qui me faisait mal disparait et j'avance encore un peu plus.

Tu peux cogner. Tu peux être imbuvable.
Tu peux ne pas répondre à mes lettres. Tu peux dire du mal de moi.
Tu peux ne pas décrocher à mes appels. Tu peux penser que je suis vraiment nulle.
Tu peux me repousser encore et encore.

Je serai là quand même. J'encaisserai et j'en finirai pas d'avancer.
Il n'y a pas que l'amour que vous me donnez qui me fait grandir.

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jeudi 27 mars 2008

Chut

Il y a cet instant terrible où je vais saturer.

Le moindre mot est un peu moins d’oxygène.

J’étouffe et ils ne peuvent pas comprendre.

Je crois même avoir les mains couvertes du meurtre.

Alors je les range dans mes poches.

Pour éviter leur cou.

Parce que mine de rien un homicide involontaire, ça arrive.

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dimanche 23 mars 2008

Ton visage

Ton visage est un endroit qui a marqué ma vie.

Anna Gavalda
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Quand je lis cette phrase, je pense à ton visage sur cette photographie.

Celle que j’avais prise lors  de notre escapade au bord de la mer où tu voulais me montrer que je pouvais passer 48 heures avec quelqu’un sans en mourir.

Celle où tu me souris et où tu me tends les bras. Tes yeux qui me sourient encore aujourd’hui.

Juste que tu ne déployes plus tes ailes pour nous envoler.

On s’était brûlés le visage au soleil. Cette époque où on voulait juste être ensemble.

Je ne sais pas quand la vie nous a rattrapé.

Mais quand je vois cette photographie, alors je n’en doute pas…Comme on s’est aimés toi et moi.

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jeudi 20 mars 2008

Être aimée

Pourquoi quand tu caresses ma joue avec cette tendresse dans les yeux, j’ai la nausée qui coule dans mes veines.

L’instinct du lapin qui ne verra jamais dans la morsure du prédateur un acte amoureux.

Parce qu’il est trop grand, trop fort et que même sans le vouloir il risque de blesser, broyer, assassiner.

Je me regarde dans la vitre et je me dis qu’en fait il est bien possible que je n’aime pas l’amour.

Que ma bouche est plus utile lorsqu’elle se pare de mots que lors qu’elle meurt sous tes lèvres.

Tu sais, ces dernières années, plusieurs personnes m’ont apprivoisé.

Je sais pas trop comment ça c’est fait. A croire qu’avec le temps, on s’y laisse encore prendre.

Il y a bien sûr mon âme sœur qui peut me ronger sous toutes les formes, qui a dans le fond tous les droits.

Il y a toute une ménagerie sauvage.

Il y a une gitane au tempérament de feu qui a su me garder en vie à mes heures de torture salariale.

Et ils me l’ont dis avec lucidité : tu es sauvage.

Mais en amour…C’est pire que ça, tu sais. Pire.

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dimanche 24 février 2008

Miettes de biscotte

Quand un homme est amoureux, il ne lui vient pas à l'idée que la femme ne s'en est pas aperçu : il croit l'avoir dit nettement par un ton de voix, un frôlement de main.

Graham Greene

Toi qui croyais que je le savais.

Toi qui pensait que tout le criait dans tes actes, tes mots, tes regards.

Moi qui ne savais rien.

Moi qui prenais tes hurlements d’amour pour des silences.

Toi qui t’es détachée de moi.

Toi qui as sauvé ton âme en la tenant loin de mes dents.

Moi qui écris encore sur toi.

Moi qui a perdu ton âme en acceptant de te savoir si loin.

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lundi 11 février 2008

Abandon

"Puis il redevint sérieux :

- Cette nuit… tu sais… ne viens pas.

- Je ne te quitterai pas.

- J'aurai l'air d'avoir mal… j'aurai un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine…

- Je ne te quitterai pas.

Mais il était soucieux.

- Je te dis ça… c'est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde… Les serpents, c'est méchant. Ça peut mordre pour le plaisir…

- Je ne te quitterai pas.

Mais quelque chose le rassura :

- C'est vrai qu'ils n'ont plus de venin pour la seconde morsure…"

Antoine de Saint Exupery

Le Petit Prince

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dimanche 10 février 2008

Embrasse-moi

"Notre ombre n'éteint pas le feu."

Paul Eluard

Pourtant Lily le croyait.

Si elle restait tapie au cœur de son ombre, le froid finirait par éteindre le foyer.

Les flammes qui lèchent la pierre, ne peuvent pas la brûler. A peine noircir son anthracite. Mais malgré tout, elles chauffent. Elles cuisent ce qui s’y repose.

Assise près de toi, Lily est à des années lumières.

Elle t’entend sans t’écouter. Elle a sur ses lèvres la chaleur imaginaire de ta bouche. Une caresse douce, langoureuse. La sensation au creux du ventre, de ta langue caressant la sienne. Le souffle qui s’épaissit, prend une consistance vitale animant son corps mort de soubresauts.

Lily sous le froid de sa pierre se consume de baisers imaginaires.

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mardi 5 février 2008

De choses sérieuses

« Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, de choses sérieuses !

Il me regarda stupéfiait.

- De choses sérieuses !

Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.

- Tu parles comme les grandes personnes !

Ça me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta :

- Tu confonds tout... tu mélanges tout !

Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés :

- Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi : "Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d'orgueil.

Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon ! »

Antoine de St Exupery

Le Petit Prince

Osciller entre la folie et la rage.

Les  regarder assis en face de moi. Tellement sérieux.

Les écouter tourner autours du pot. On est pourtant là pour parler argent.

Mais ils effleurent poliment le sujet. L’autre a beau leur tendre la perche. Ça minaude.

L’envie de quitter mon rôle de benjamine et de dire simplement « combien ?».

Combien tu veux, combien je te donne…Des attitudes de gangster qui me semblerait tellement plus honnête que ces valses polies.

J’ai envie d’éclater de rire. De rire à en pleurer. Et assurément leurs têtes surprises me donneraient encore plus envie de rire.

Puis probablement qu’après avoir tant ris, je pleurerai. Parce que quand même c’est triste d’entrer dans le jeu de ces adultes. Ceux qui croient diriger le monde. Ceux qui s’imaginent si sérieux avec leurs additions.

Je préférerai qu’on parle des rêves qu’ils avaient enfant. De comment ils vivent avec cette part d’eux qu’ils violent un peu plus chaque jour. Je regarderai leurs yeux quand je leur demanderai s’ils y prennent du plaisir. Parce que les yeux, ils mentent pas. Juste que parfois on les comprend mal.

Finalement, je vais devenir folle en silence. Parce que ce sont des champignons. Et les ronds de champignons, chez moi on dit que c’est dangereux. Et que malgré tout, je veux vivre. Survivre. Même folle. Parce que je crois qu’il existe une planète où ne poussent pas les champignons.

Et que je sens bien que je suis assez folle pour la chercher.

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lundi 4 février 2008

Deux filles

"Peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares ?"

Georges Perec
Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?

Mais comme il faut être con pour croire une chose pareille.

Et comment le bonheur des retrouvailles pourrait il supplanter la détresse d’une séparation sur un quai de gare.

Il ne sait pas ce que c’est ces minutes qui défilent, qui se densifient pour marteler sur votre corps la douleur à venir.

On essaie de s’en préserver, de se blinder, de s’anesthésier d’une déchirure insoutenable que l’endroit même rend insupportable.

Ces gens qui s’étreignent, pleurent ou s’embrassent.

Une telle impudeur alors que tout près d’eux, on crève. Ils ne peuvent pas faire ça ailleurs ?

Lire dans ses yeux une tristesse identique qu’on essaie habilement de ne pas noyer sous les larmes. Parce qu’on a passé l’âge. Parce qu’on sait que ce serait fragiliser encore plus le courage qu’on trouve à s’abandonner là devant un train stupide.

A moins que ce soit de la lâcheté. Peut être qu’on serait réellement courageuse si on laissait nos vies en plan et qu’on fuyait. Loin. Très loin d’un quai de gare.

Mais à quel prix ?

Assise, la tête contre la vite. Le regard fouille le quai alors que je sais que tu es partie.

Il n’y a rien de pire que de voir un train partir.

A part peut être, se trouver dedans.

Dans le reflet je perçois une ride inconnue sur mon front. Je ne savais pas que la souffrance se marquait là sur mon visage.

Suffoquer. C’est mieux qu’expirer ses larmes et son chagrin dans une boite de métal où des enfants hurlent, des gens bruissent d’un quotidien agressif.

L’envie de les étrangler.

On oublie si souvent que le mal nait de la douleur. Une personne méchante est une personne qui souffre. Elle y trouve matière. La souffrance est généreuse là où le bonheur est égoïste. On partage le premier plus facilement que le second.

Mais pour le coup, je me cache au fond de moi. Je suffoque dans mon silence, je me roule en boule dans ma peine. Je ne peux pas encore me focaliser sur les bons moments. Je dois d’abord détacher mon âme de la tienne comme les ailes d’une libellule qui auraient pris l’eau. Sans les déchirer. Avec une extrême lenteur. Sans savoir si elles pourront retrouver leur usage d’origine.

Lily déteste les gares et ne sait pas dire au revoir.

Lily aime une autre fille. Pas de la manière que tu imagines. En faite, c’est bien pire que ça.

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dimanche 27 janvier 2008

Inacessible



"J'aime un homme que mes sentiments ne pourront jamais atteindre." Mari Okazaki


Bien sûr, la tristesse fut la première a se briser sur le mur de ta douleur. En éclat de larmes et en regard criant. Aucun mot, juste ta main chaude écrasant ma tête contre ta poitrine. Aucune syllabe pour nous sauver.

Et finalement c'est dans la colère que j'ai plongé toute entière. Le feu qui lape les jugements, dévore les réponses pour vous laisser éreinté sur des questions brûlantes. Etape solitaire où tu n'avais plus aucun rôle à jouer.

Jusqu'à l'indifférence. se plonger dans l'eau froide de tes sentiments, les porter sur soi comme la cire enfermant la mèche. Savoir que rien ne pourra la rallumer. Devenir ta siamoise, plus proche que jamais puisque vibrant de cette même douleur qui  achève l'amour.

Faire de toi mon assassin, mes bras autours de ton cou, me serrer au plus près du froid qu'exsude tes lèvres pour que la lame dans ta main s'enfonce toujours plus profondément dans mon ventre. Tue-moi encore, mon amour.


Savoir qu'on a jamais su s'aimer.
Aimer n'avoir jamais su prendre la voie des Autres.
Le regretter parfois.
T'avoir laissé m'agoniser à petit feu.
Mais savoir que le coup fatal me reviendra. Tu m'apprenais juste la manière de te détruire. Tu faisais de moi l'arme qui mettrait un point final à cette existence qui t'indiffère.

Te dire au revoir en restant.
Te murmurer, l'âme à la main, je n'aurai pas d'autre amour que toi.

Sous nos yeux qui s'en défient se dire je t'aime...


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